Éditions Plein Chant

Février 2021




Quelques calembours
du
marquis de Bièvre



François-Georges Maréchal, marquis de Bièvre (1747-1789) par la volonté de Louis XV, est resté célèbre pour ses calembours— un mot que l’on écrivait en son temps calembourg — proférés dans les salons ou publiés, ainsi Lettre écrite à Madame la comtesse Tation, Les Amours de l’Ange-Lure, Variations comiques sur l’abbé Quille. On donne ici quelques extraits d’un livret de 144 Articles, 68 pages, Amusette des grasses et des maigres, Contenant douze douzaines de Calembourgs Avec les Fariboles de M. Plaisantin, Les subtilités de la Comtesse Tation et les Remarques de L’Abbé Vue, Rédigée par une Société de Cailletes [lire Caillettes], Au Cap de Bonne-Espérance et se trouve à Paris. L’ouvrage parut sans date, vers 1788 disent les uns, entre 1790 et 1792 affirment les autres, en tout cas chez la Veuve Lesclapart, « tiré à deux cents exemplaires numérotés tous sur papier de Hollande ».

Une bibliographie du marquis de Bièvre n’aurait pas sa place ici, mais on rappelle une extraordinaire édition parue en 2013 : M. de Bièvre, 4 Jeux dits des Homophonies, faune étique, un livre illustré de 156 pages chiffrées.





Des cent-quarante-quatre articles donnés par Amusette des grasses et des maigres on a retenu les suivants :


ARTICLE X, page 19.

M. Plaisantin dit souvent qu’il est mal à son aise, et que cependant il a trois bourses, et deux cents louis (deux, sans louis). Ceci ressemble à l’énigme qu’on propose sur un village qui a trois clochers, et deux cents cloche, (deux, sans cloche).
ARTICLE XX, page 23.

On parloit un jour d’un prétendu marquis, dont le marquisat étoit dans les espaces imaginaires, et on assuroit que c’étoit réellement un marquis. Non, non, dit la comtesse Tation, ce  n’est point un marquis ; c’est  un comte (c’est un conte).
ARTICLE XXXVII, page 28.

Un poëte avoit commencé une idylle par le vers que voici :

Une belle bergère assise sur l’herbette.

Quelqu’un à qui il en fit la lecture, lui dit : J’aime bien votre bergère, mais je n’aime pas votre air bête (herbette).
ARTICLE XLVIII, page 32.
On disoit d’un homme, qu’il étoit un peu sourd. L’abbé Tise dit alors : Il est bien plus que sourd, car il est sournois.
ARTICLE LXXXV, page 43.

Rabelais, dans son histoire de Gargantua, cite ce mot si admirable et si connu des gens de bon appétit : Dieu fit les planètes, faisons les plats nets.

Note en 2021 ; Rabelais avait écrit au début du chapitre V de Gargantua, intitulé Les propos des bienyvres : «  Qui feut premier soif ou beuverye [beuverie] ? Soif. Car qui eust beu sans soif durant le temps de innocence ? Beuverye. […] Beuvez toujours, vous ne mourez jamais. [...] Le grand dieu feist [fit] les planettes : et nous faisons les plats netz [nets].
ARTICLE CVI, page 50.

Un homme de distinction ayant été reçu dans une société littéraire par son mérite personnel, disoit modestement qu'on l'avoit reçu à cause de ses ancêtres ; un grammairien de la compagnie lui répondit en disant : Monsieur, vous pourriez effectivement avoir été reçu à cause de votre grand-père, puisque j'ai été reçu moi-même à cause de ma grand-mère (grammaire).

ARTICLE CXIX, page 53.

On demandoit un jour quel est le meilleur poisson ; quelqu’un répondit que c’est le poisson d’eau douce. Et moi, dit la comtesse Tation, je préfère les poissons d’eau-de-vie ; alors l’abbé Tise fit cette réponse mémorable : Quant à moi, dit-il, je ne mange jamais de poisson ; mais en mangeant des pois verds, je suis comme les mangeurs de pois sont.

ARTICLE CXXXIX, page 59.

La comtesse Tation avoit accoutumé de dire à un homme fort en colère : Monsieur, j’entends dire quelquefois que vous prenez de l’embonpoint, mais moi je trouve au contraire que vous maigrissez (m’aigrissez).

En guise de conclusion on lit, page 62, ces dernières lignes du livret :

Au reste, mon cher lecteur, je vous avertis que quoique vous ayez lu cent quarante-quatre calembours dans ce recueil, il n’y en a pas plus de trente neuf (neufs).



 


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