PLEIN CHANT

AJOUTS


25 juin 2018




  




Amusements sérieux et comiques
(Charles Dufresny)

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En 1921 une nouvelle édition des Amusements sérieux et comiques par Charles Dufresny, parus pour la première fois en 1699 (achevé d'imprimer du 6 décembre 1698), chez Claude Barbin, apparaissait aux éditions Bossard, dans la Collection des chefs-d’œuvre méconnus, texte nouveau publié avec une introduction et des notes par Jean Vic. Maurice Raynal, qui tenait la rubrique des livres de L’Esprit nouveau, revue internationale illustrée de l’activité contemporaine paraissant le 15 de chaque mois, en donna au numéro 7 un compte rendu plus que tiède. Ses commentaires allaient de : « S’agit-il bien ici d’un chef-d’œuvre ? Il est permis d’en douter » à « Certains de ses jugements apparaissent comme assez rococos ; il s’étonne souvent pour peu de choses ; son irritation donne bien souvent des coups d’épée dans l’eau ».

Maurice Raynal (1884-1954) n’est pas un inconnu, André Salmon lui a consacré plusieurs pages dans ses Souvenirs sans fin, Pierre Mac Orlan le chapitre 24 de ses mémoires parus sous le titre Le Mémorial du petit-jour (Gallimard, 1955), où il rappelle la relation amicale de Raynal avec Jarry, tous deux fréquentant, entre 1900 et 1910 le Bateau-Lavoir. Dans Les Soirées de Paris, il avait publié au numéro 17 « Manuel du parfait homme d’esprit », et le 15 février 1914 « L’art d’être un imbécile » (n° 21). En 1920, il vient de publier Pablo Picasso, 23 pages, planches, grand in-4°, dans la collection « Les Maîtres du cubisme » (éditions de "L’Effort Moderne", Léonce Rosenberg).

Les historiens de la peinture le connaissent pour ses nombreuses plaquettes consacrées à des peintres contemporains, éditées aux éditions Albert Skira de Genève. Il publiera, entre autres, toujours chez Skira et en collaboration avec Jacques Lassaigne une Histoire de la peinture moderne (1949-1950), dont le premier tome était consacré à la période allant de Baudelaire à Bonnard, le second aux peintres Matisse, Munch et Rouault, tandis que le troisième traçait le chemin menant de Picasso au surréalisme. Il fut surtout l’ami d’Apollinaire qui lui a dédié un conte en prose, intitulé L’Obituaire, paru pour la première fois dans Le Soleil du 31 août 1907, que l’on peut lire, la prose transformée en vers sans rimes mais rythmés, dans Alcools, sous le titre « La Maison des morts ». Dans le calligramme d’Apollinaire « La Colombe poignardée et le jet d’eau » on lit son nom sous la forme de l’une des courbes du jet d’eau :

Où sont Raynal Billy Dalize
Dont les noms se mélancolisent
Comme des pas dans une église

Le 1er avril (sic) 1935, paraît le premier numéro de La Bête Noire, une revue artistique et littéraire paraissant dix fois par an, dirigée par Maurice Raynal et E. Teriade (pseudonyme d’un Grec né en 1897 sur l’île de Lesbos, parfois orthographié Tériade), qui s’arrêtera en février 1936 après avoir donné des textes entre autres d’Antonin Artaud, René Daumal, Michel Leiris, Raymond Queneau. Page 3 du numéro 6 (1er novembre 1935) on peut lire un extrait commenté du passage consacré à Baudelaire par Firmin Maillard dans Les Derniers Bohêmes (« La Brasserie des Martyrs », page 65 de la réimpression donnée par Plein Chant, Bassac, 1995).
Et Dufresny, que l'on voit ci-dessous, reproduit d'après le frontispice des Amusements… (Bossard, 1921) ?


Charles-Rivière DUFRESNY
Gravé par Achille Ouvré

Ou plutôt Charles Du Fresny sieur de La Rivière, né à Paris en 1648, mort à Paris le 6 octobre 1724. Protégé par Louis XIV, il appartenait à la Cour, peut-être en vertu de sa naissance — on le disait petit-fils d’un bâtard de Henri IV. Il passait son temps à écrire et faire représenter des comédies dont aucune n’a laissé de traces, mais Voltaire les connaissait bien puisqu’il demandait, en mars 1760, à l’imprimeur libraire Louis-François Prault de lui envoyer les œuvres de Du Fresny et celles de Piron. À partir de 1710, Dufresny dirigea le Mercure galant, puis désireux de passer à autre chose, il s'arrêta en 1714. Il écrivait aussi des chansons…

Les Amusements sérieux et comiques qui laissèrent Maurice Raynal de marbre avaient connu plusieurs éditions et, signe de succès public, on en donnera des contrefaçons. Dufresny avait classé les « Amusements », dont le premier, peut-être le plus intéressant, intitulé « Préface », donnait presque une théorie de l’écriture, mise en rapport avec la lecture, sous forme de remarques brèves, séparées en très courts paragraphes. Pour écrire ses Amusements, Dufresny a commencé par lire, écrit-il dans cette Préface à l’allure de manifeste littéraire, dans le livre du monde, après « s’être formé l’esprit sur les anciens, et le goût sur les modernes ». La littérature des Anciens et celle des Modernes (les majuscules sont dans l’édition originale mais non dans celle de 1921 qui reproduit la seconde édition originale de 1707) sont, affirme-t-il, identiques en ceci que toutes deux ont pour objet l’homme et ses passions, et que les passions humaines sont les mêmes, quelle que soit la période historique de leur manifestation. Suivront les Amusements intitulés Le voyage du monde, Paris, Le Palais, l’Opéra, le Pays des promenades, le Mariage, l’Université, la Faculté (entendre : la médecine), le Jeu, le Cercle bourgeois, et, douzième et dernier Amusement, Le Public.

Il est dommage que Maurice Raynal jugeant que Dufresny fut « plutôt un homme spirituel qu’un homme d’esprit » soit resté insensible à ce qu’on appellera ici (de manière anachronique) l’humour de Dufresny dont voici un exemple pris dans le dernier Amusement : « Le public est le plus sévère et le plus fin critique du monde ; cependant un vaudeville grossier suffit pour l’amuser toute une année ». Cela dit, le livre de Dufresny répondait à La Bruyère dont Les Caractères de Théophraste traduits du grec, avec Les Caractères ou les Mœurs de ce siècle, étaient parus pour la première fois en 1687 ou 1688 (on trouve les deux dates), suivi de nombreuses éditions, mais l’auteur des Amusements sérieux et comiques s’exprimait à la façon d’un homme d’esprit cultivant la légèreté de l’expression d’idées sérieuses et non en moraliste sentencieux ou satiriste trop mordant.

      




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