Éditions PLEIN CHANT
Apostilles





     
  




Des noms d’auteur fictifs et descriptifs -  III





par un fanatique de Pascal Pia,
néanmoins lecteur attentif de quelques autres bibliographes et catalographes





      Les textes peuvent se présenter comme un correspondance, ou bien mondaine et galante: Un été à la campagne. Correspondance de deux jeunes Parisiennes recueillie par un auteur à la mode (1868), ou bien épicée d'une pointe d'anticléricalisme : Lettres galantes et philosophiques de deux nones, publiées par un apôtre du libertinage (1794). La correspondance pouvait se réduire à une lettre unique, ajoutée : Le Chérubin ou l’heureux libertin. Suivi d’une lettre de Julie à Pauline, sur quelques goûts bizards (sic) de certains hommes avec lesquels elle s’est trouvée (1796).
     Des lettres, on passe aux confessions, avec, par exemple, cette Vie voluptueuse entre les capucins et les nonnes, dévoilée par la confession d’un frère de l’Ordre (1755), que Poulet-Malassis publiera en 1875, intitulée Le B***** monacal, ou Vie voluptueuse des capucins et des nonnes, tirée de la confession d’un père de cet ordre. Suivie des fouteries nobiliaires. Les confessions libertines et adaptées aux salons, comme Jolis péchés des Nymphes du Palais-Royal… ou Confessions curieuses et galantes de ces demoiselles écrites par elles-mêmes, terminées par leur pétition aux ministres, revêtues de leurs noms et adresses (1882), peuvent côtoyer, dans l'absolu et en faisant abstraction du temps historique, des attaques violentes contre le clergé, impliquant l'hostilité à la religion catholique. Sous l'Ancien Régime, on avait Parapilla, ou le Vit déifié, poème en cinq chants, mis au jour par le Chapitre général de quelques moines paillards, à l’instance de plusieurs religieuses échauffées (1771, par Charles Borde), ou Hic et Hec, ou l’art de varier les plaisirs de l’amour et de la volupté, enseigné par les R.P. Jésuites et leurs élèves (1788, attribué à Mirabeau) – allusion  à l'amour pédérastique. Après la Révolution on aura Les Progrès du libertinage, Historiette trouvée dans le porte-feuille d’un carme réformé, publiée par un novice du même ordre (1791, par J.-B. Nougaret), Les Amours du Saint-Père… Conférences infernales, libertines et sacerdotales…, recueillies sur les procès-verbaux des séances tenues à la chambre apostolique de Satan, par le porte-coton de Sa Sainteté (1793).
     D'une manière très générale, on pourrait opposer deux directions: celle d'une sorte de normalité, et celle de l'incongruité ou de l'excès revendiqué. Suivant la première de ces directions, on aurait des noms fictifs en harmonie avec le titre, sans surprise une fois admis que l'on navigue en eaux troubles :

Le Diable au corps, œuvre posthume du très-recommandable Docteur Cazzoné, Membre extraordinaire de la joyeuse Faculté Phallo-coïro-pygo-glottonomique (publié en 1803, mais écrit avant 1789)
Les Fouteries chantantes, ou les Récréations priapiques des Aristocrates en vie. Par la Muse libertine (1791)
Le Lit de noce ou Les Nuits du docteur Pyrico-Proto-Patouphlet. Livre comique, & cependant médico-philosophique, traduit tout nouvellement de la langue Gasconne, par un berger d’Arcadie (1791)
L’Espion des boudoirs, ou nouvelle liste des plus jolies femmes publiques de Paris… Par un connaisseur juré de l’académie des f*** (fouteurs), séante au foyer de la Montansier (1801)
Dictionnaire érotique moderne, par un professeur de langue verte (1864)
Dictionnaire érotique moderne, par deux professeurs de langue verte (1875)
Les Cousines de la Colonelle, par Madame la Vicomtesse de Cœur-Brûlant (1880)
Éjaculations pornographiques par Un Enculeur de Chats ! (édité fin 1890 par Bergé; vers 1894, par Brancart)
Douze épigrammes plaisantes imitées de P.-V. Martial, chevalier romain par un humaniste facétieux (1920, par Georges Fourest).

      Citons encore un ouvrage, devenant de normal (à sa façon), incongru, et, ce que n'aurait pas prévu l'auteur, intéressant par sa métamorphose bien plus que par lui-même. Au dix-neuvième siècle, en effet,  un auteur changea de sexe – sur le papier ! En 1777, on diffusait Le Monialisme, Histoire galante écrite par une ex-religieuse de l’Abbaye où se sont passées les Aventures (1777) ; en 1893, à Rotterdam, Bergé republiait Le Monialisme, identique à l'édition de 1777, mais à Amsterdam, Brancart reprenait le texte en l'intitulant Le Couvent en rut. Histoire galante écrite par un ex-religieux de l’Abbaye où se sont passées les aventures.
     Et l'on terminera paradoxalement avec deux livres qui se passent de nom d'auteur, dans la mesure où c'est le titre lui-même qui parle : Les lits babillards (1797), La Confession d’un pot-de-chambre (Paris, 1903).



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