Éditions PLEIN CHANT

APOSTILLES

  13 novembre 2016

Michel Ohl, in memoriam

  
  20 octobre 2016



La mort de Michel Ohl
     
 



5 décembre 194620 octobre 2014



Michel Ohl semait oralement autour de lui ses calembours et autres jeux de mots avec générosité,


Avait-il sous la main des ciseaux et de la colle, il enrichissait volontiers ses épistoles d’images, et ses correspondants gardaient ses lettres, espérant contribuer à son immortalité littéraire. Dans le flot de ses billets écrits souvent en diagonale, on a choisi celui-ci, illustré par Pascal – le Pascal du pari –, en train de répéter sa meilleure « dernière parole » délibérément anachronique puisqu’elle renvoyait à Rastignac qui aurait dit, selon l’opinion commune, « À nous deux Paris ! »


Plus loin dans la lettre, annotateur consciencieux, il rectifiait, rappelant que Balzac dans une des dernières lignes du Père Goriot faisait dire à Rastignac, s’adressant en effet à Paris : « À nous deux maintenant ! »

Trop narcissique pour ne pas aimer la vie, Michel Ohl ne pouvait s’empêcher de rendre la mort présente. Le Corbeau et le Renard de La Fontaine était devenu pour lui « Le Ver et le Cadavre, "Maître cadavre en un sapin couché…" ». Il se laissait envahir par la représentation imaginaire de cercueils, de tombes, « Hé ! ne m’enterrez pas ! En creusant la fosse, ils m’envoient en effet toute la terre dessus ! Je n’ai plus que la tête qui dépasse ! ». Sans désirer la suppression des gestes mortuaires exécutés par les vivants, il les tournait en dérision, la fosse commune devenue réceptacle de lisier (Dictionnaire : Lisier. Mélange fluide composé d'urine et d'excréments d'animaux que l'on conserve dans des fosses couvertes pour servir d'engrais) composé des corps de ces gros malins qui, autrefois vivants, lisaient :
« — Lisier ?
« — Fosse commune, liseurs et livres mêlés, ça leur fera les pieds à ces malingros d’érudits ! »

Il faisait mine d’accepter par avance la disparition de son corps et de son esprit : « maman découpe dans Sud Ouest ma nécrologie qu’elle réduit en cendres, et martèle : "Reste où tu es ! Ne reviens pas ! Nous fais pas honte ! Tu es des leurs ! Ne reviens pas !" », tout en espérant au fond de soi rester en vie (?) après sa mort – ou plutôt, rester, simplement rester. La littérature fut de son vivant une planche de salut dans la mesure où elle lui permettait de jouer avec la mort – et ce fut, entre autres, Rêves d'avant la mort, comme il jouait avec les mots. Écrire faisait naître en son esprit l’idée d’une immortalité invérifiable mais pressentie, approchée grâce au langage ses écrits lui survivraient. Vivant, il survivait déjà, il se survivait lorsque, par exemple, il composait ce distique à écouter plutôt qu’à lire

Les vers faux avant-coureurs de la mort
Je me les fée pour mettre l'
âme hors

où il rapprochait les vers de la poésie des vers de terre et assimilait une fée au verbe faire, la mort à l’âme, cette âme que les religions assuraient être immortelle.

l

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