Éditions PLEIN CHANT
Marginalia

2 novembre 2014


A la mémoire de Michel Ohl
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Le Poème Oculo-Typographique de H. René Lafon
   
 

H. René LAFON




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Pierre ALBERT-BIROT




GLOSE

Le poème de Pierre Albert-Birot, L'Avion, parut dans sa revue, SIC (Sons Idées Couleurs, à quoi il faut ajouter Formes, exclu dans le titre affiché pour permettre l'acronyme sic, où sic est un mot latin signifiant ainsi, et dans les réponses oui, bien connu des non latinistes puisqu'il était employé comme un mot français), n° 23, novembre 1917.

Un écrivain méconnu, H. René Lafon, éblouissant versificateur vivant de (rarissimes) travaux de librairie en prose, publia en 1933 un très amusant et très raffiné recueil de parodies poétiques en tous genres, La Rôtisserie des Muses, s.d., 192 pages, Dépôt général à la librairie R. Potier, dont le sous-titre, ou l’art d’accommoder les rimes, faisait signe vers Georges-Armand Masson, auteur de L’Art d’accommoder les classiques (Éditions du Siècle, 1924), qui donnait à lire le Poème Oculo-Typographique. Les productions littéraires de Lafon se présentaient comme des modèles à imiter pour être, poète, classé dans un genre codifié : sonnet, fable, poème parnassien, haï-kaï, poème régionaliste, etc., si bien que l’ensemble pouvait presque tenir lieu sinon d’une histoire, au moins d’une anthologie de la poésie française. Une importante rubrique, Quelques écoles, donne à lire des parodies de poèmes à la mode du temps et l'on note qu’aux écoles bien connues, sont ajoutées des chapelles imaginaires, ce qui donne cette liste partielle prise dans le tout de la rubrique : Sonnet Babeliste, Sonnet Excessiviste, Sonnet Infinitiviste, Poème Hyper-Surréaliste, Pour Poème Naïviste ou Infantile, Exemple pour Poème Naïviste, Sonnet Métafouilliste – sans compter le sonnet Oculo-Typographique.

Consciencieux et grand lecteur, Lafon a fait précéder chacun de ses modèles d’une ou de plusieurs épigraphes. Il a fait précéder L’Avion d'une citation de Fernand Divoire, connu de ses contemporains pour avoir donné des échos de la vie littéraire dans la rubrique des Treize de L’Intransigeant, auteur d’un Petit rapport sur les tendances nouvelles de la poésie (Éditions de la Revue mondiale, 1921), et non Rapport… comme l’écrit, de mémoire, H. René Lafon.
Le passage choisi pour l’épigraphe, « Et d’autres ont suivi cette poésie dessinée où les lettres d’imprimerie, variant leurs formes et leurs grosseurs, viennent commander le mouvement » montrait que l’auteur du Poème Oculo-Typographique avait pensé ou aurait pu penser à
L’Avion de Pierre Albert-Birot. Le lecteur de la Rôtisserie des Muses, plus distancié, note que si le passage brillait par son adéquation, un autre passage du Petit Rapport… s’appliquerait à Lafon, pour détruire le principe même de son recueil de parodies : « Devant une œuvre d'art sincère, il y a deux choses qu'il ne faut jamais faire : rire et se scandaliser ». Se scandaliser, Lafon n’y pensait pas une seconde, mais rire, oui, et avant tout, susciter le rire.
Apollinaire, en revanche, avait pris L'Avion au sérieux : « Quand un poète moderne note à plusieurs voix le vrombissement d’un avion, il faut y voir avant tout le désir du poète d’habituer son esprit à la réalité » (Apollinaire, L’Esprit nouveau, conférence prononcée le 26 novembre 1917, publiée un mois après la mort d’Apollinaire, Mercure de France, 1er décembre 1918).

Dans sa conférence, Apollinaire formulait un principe auquel il croyait ferme, « La surprise est le grand ressort nouveau ». Lorsque Lafon se moquait, les amateurs de poésies avaient déjà lu, en sus de L’Avion, nombre de strictes imitations ou de poèmes parallèles, si bien que dans l’ordre du nouveau,  restait à Lafon la seule dérision.


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